Kevin Rouillard

Triste entropie De la même manière qu’il façonne un mur à l’intérieur d’une vitrine - briques rouges ça et là remplacées par de petits cartons marbrés trompant la pierre -, Kevin Rouillard construit son oeuvre comme un amoncellement de pièces rapportées, une collecte d’éléments issus de son environnement direct. Éclats de sculpture de marbre, pierres précieuses soigneusement ordonnées, squelettes d’animaux cimentés, vélo rouillé enseveli, réminiscences d’outils préhistoriques... Dans ce champ de fouilles – échantillons de création dont on ne saurait estimer ni la valeur ni l’ancienneté – émergent des objets beaucoup plus prosaïques, non moins dépositaires d’une histoire singulière. C’est par la fascination pour leur matérialité que le choix de l’artiste s’opère : actuels ou passés, inertes ou vivants, les éléments s’agencent dans un jeu d’équivalence. Infatigable collectionneur, il récolte, au fur et à mesure, les objets qui croisent sa création, les présente, les agence et parfois - à défaut de pouvoir les posséder - les crée. Il se plaît ainsi à réinterpréter sa conception de l’artiste qui « tient à la fois du savant et du bricoleur », et qui « avec des moyens artisanaux, (…) confectionne un objet matériel qui est en même temps objet de connaissance » (Lévi Strauss, La pensée sauvage). Comme la taxinomie s’arroge la fonction de nommer, la pratique de l’artiste se donne pour mission d’organiser, de conférer aux choses une vie nouvelle loin de leur statut premier et de leurs origines. Grâce aux différentes typologies de monstration l’artiste opère un glissement à partir de la collection, annulant la volonté de donner de la valeur aux choses. Chaque module de présentation, chaque vitrine, chaque socle, clame au spectateur attentif sa stratégie de détournement. Tardifs descendants d’une époque révolue, ces dispositifs de présentation muséale transposent ces objets, témoins d’une archéologie conjuguée au présent, dans la nostalgie d’un passé illusoire, une mythologie en devenir, lointain écho des vues imaginaires d’Hubert Robert. Si Broodthaers devenait en 1968 le Directeur du « Département des Aigles », fictif musée d’art moderne, Kevin Rouillard, à défaut d’être un véritable archéologue, s’érige en reporter de sa propre création. Par un processus à rebours – qui, du contemporain et de pratiques actuelles, plonge jusqu’aux racines même de la création – l’artiste parvient à faire émerger des images pensées comme « primitives ». Le totem de l’Oreille Cassée de Tintin, taillé de mémoire dans un morceau de bois puis photographié à taille réelle, rejoue la tradition de la taille du bois et engage le dialogue avec l’univers de la bande dessinée. Alors que l’artiste retravaille les cases d’albums de Tintin en n’en conservant que l’arrière plan, s’offrant à l’imagination comme des terres inconnues, son oeuvre devient un décor sur lequel les images et les narrations les plus jubilatoires viennent se projeter. Au spectateur de débusquer les indices, de réagencer les modules et les objets comme les cases d’un récit plastique, bande dessinée à échelle humaine continuellement renouvelée. Raphaëlle Romain

2014 - DNSEP, École des Beaux-Arts de Paris avec les félicitations du jury 2012 - DNAP, École des Beaux-Arts de Paris 2011 - DNAP, École des Beaux-Arts de Pau avec les félicitations du jury Exposition personnelle 2014 - Triste entropie, Diplome DNSEP Beaux arts de Paris, 14 rue Bonaparte, Paris Expositions collectives 2014 - Iracema, 20 Villa d’Alésia, Paris 2014 - Matchmaking, École des Beaux-Arts de Paris, 14 rue Bonaparte, Paris 2014 - Bail à ceder, ancienne espace Anne Barrault, 22 Rue saint Claude, Paris 2013 - Tendresse, Espace des Arts Sans Frontières, 44 rue Bouret, Paris 2013 - Jardin Ephémère, 11 rue Jules Vallès, Saint-Ouen 2012 - N’Border, Les Abattoirs, Le bel ordinaire, Allée Montesquieu, 64140 Billère 2011 - Six feet under, cave du 4 rue Laussat, Pau